Cologne, entre guerre et paix

par Safia Lebdi

J'ai lu Kamel Daoud, son premier texte, et ne peux qu'être d'accord avec lui à peu près tout le long sauf lorsqu'il dit : "l’asile n’est pas seulement avoir des « papiers » mais accepter le contrat social d’une modernité" moi je dis : l'asile, c'est l'asile. Point.

On ne pose pas des conditions préalables à l'asile après bien sûr on est tenu de respecter les lois de là où l'on est accueilli, ça va de soi mais on n'est pas tenu de "changer", et, par exemple, de renoncer à sa "culture" ce qui ne veut pas dire que, par ailleurs, il n'y ait pas un débat plus qu'important à tenir sur la prétendu "culture" des islamistes qui nient absurdement modernité, liberté, droit des femmes prétendue ce n'est même pas un débat pour ou contre la religion, puisqu'il est évident qu'il y a un important courant de musulmans modernistes qui ne sont pas des adversaires mais toutes ces questions sont très secondaire à celle du refuge d'abord l'asile, après je veux bien discuter de tout et Kamel Daoud est en fait d'accord là-dessus sans aucune ambiguïté par contre il ne peut nier que son étalage du sexisme des musulmans, et donc des immigrés-réfugiés, ne leur rend pas vraiment service là où il touche le vrai, c'est au début :

Les réfugiés "sont assimilés aux agresseurs, même si l’on ne le sait pas encore avec certitude. Les coupables sont-ils des immigrés installés depuis longtemps ? Des réfugiés récents ? Des organisations criminelles ou de simples hooligans ? On n’attendra pas la réponse pour, déjà, délirer avec cohérence. Le « fait » a déjà réactivé le discours sur « doit-on accueillir ou s’enfermer ? » face à la misère du monde. Le fantasme n’a pas attendu les faits. Il aurait dû adhérer à notre commission d’enquête.

Et il rend hommage aux femen, et particulièrement à Amina Sboui d'ailleurs : "Quand elle le dénude, elle expose le reste du monde et se retrouve attaquée parce qu’elle a mis à nu le monde et pas sa poitrine."Elle est enjeu, mais sans elle; sacralité, mais sans respect de sa personne; honneur pour tous, sauf le sien; désir de tous, mais sans désir à elle."

"Le sexe est la plus grande misère dans le « monde d’Allah »." dit il ; et moi je ne dirais pas ça : mais "le sexe est la plus grande misère dans le monde tout court » et ce n'est pas parce qu'on s'habille – presque – comme on veut qu'on est vraiment libre dans le monde de Bouygues la liberté du sexe n'est réelle ni en Chine, ni en Finlande il n'y a pas que les musulmans de punis, tous le sont et ça oui, c'est le problème de la religion – et de l'Etat il n'y a malheureusement pas que l'islam comme religion et c'est se tromper si on croit que c'est l'Europe qui incarne la modernité, comme il ose le dire quelque part dans son texte la modernité est incarnée par ceux qui la portent ici ou là et ici là ou ailleurs, je mets au défi de trouver plus "moderne" qu'Amina Sboui or ce n'est pas par hasard si elle est d'ici en Tunisie ce n'est pas par hasard non plus si ce débat essentiel sur la modernité est porté par des intellectuels maghrébins car c'est nous qui sommes au carrefour du monde nous qui pouvons comprendre tenants et aboutissants les Badinter et autres nordistes en sont très loin mais c'est aussi nous qui ne devons pas oublier que "la priorité, c'est les réfugiés" pour fonder ce que j'appelle le "contrat mondial" indispensable complément du "contrat social" c'est une nouvelle dimension du droit que l'universalisme doit imposer et ça commence par là dans l'histoire du droit mondial le droit des réfugiés est aussi important que la convention contre les génocides dont on s'est un peu trop moqués, et il est inacceptable qu'on se moque pareillement du droit des réfugiés le droit n'est pas un jouet d’enfant.

Les Etats qui n'accueillent pas sont simplement hors la loi parce qu'ils font mine de ne pas comprendre le sens de la loi alors que Merkel l'a parfaitement rappelé ils ne peuvent même pas prétendre qu'on ne les a pas prévenus. J’ai lu dans un article "Calais ou Berlin" un développement sur pourquoi c'est si important le droit des réfugiés, pourquoi on ne peut pas le contourner – et ça commence simplement par le fait que tous sont des réfugiés en puissance refuser l'accueil à l'autre, c'est se le refuser à soi-même. Savoir accueillir, c'est le premier étage de la civilisation et si on ne sait pas le faire, la punition est immédiate : plus de civilisation, plus d'Europe, plus de frontières libres, plus d'action collective, plus des fascismes plus que des fascismes au contraire une Europe qui s'enrichirait de ces millions de syriens, d'afghans et autres éthiopiens aurait une chance incroyable et cette chance, contrairement à ce que dit Kamel Daoud, c'est d'intégrer d'autres "cultures", d'autres apports culturels, pas de les désintégrer dans ce qu'elle appelle "intégration", pseudo-adhésion à la "modernité" c'est la modernité des afghans et des syriens qui est intéressante qu'ils renouvellent un peu notre vieille Europe fatiguée c'est une énorme chance comme les chinois de Belleville ont été une chance extraordinaire pour paris il n'y a pas si longtemps sans eux peut-être que paris serait déjà ville morte bon tu ne dis rien et moi je dois m'en aller, même si ça me fait un peu chier, mais c'est le rite, c'est le jour où on doit aller se saouler la gueule obligation religieuse.
Donc je vais à Cologne le 8 mars 2016 pour défendre la Liberté et le droit d'asile.